Spiruline danger : que risque-t-on vraiment ?
Ce que concluent les deux évaluations officielles, ce que l'ANSES a réellement reçu comme signalements, et pourquoi le risque documenté vient surtout du produit acheté plutôt que de l'algue elle-même.
L'essentiel
- Les deux évaluations officielles sont rassurantes sur la spiruline elle-même : classement « Class A » de la pharmacopée américaine après analyse de 31 déclarations d'effet indésirable, et pas de risque sanitaire apparent aux faibles doses selon l'ANSES.
- Le risque documenté porte sur le produit : cyanotoxines, bactéries, métaux (plomb, mercure, arsenic).
- Deux profils à qui l'ANSES la déconseille : phénylcétonurie et terrain allergique.
- La question utile n'est pas « est-ce dangereux » mais « d'où vient celle que j'ai achetée, et qui l'a analysée ».
Avant de lire la suite
Cette page rassemble des sources publiques et ne remplace pas un avis médical. En cas de traitement, de maladie connue, de grossesse, d'allaitement, ou pour un enfant, la décision se prend avec un médecin ou un pharmacien. En cas de réaction sévère, notamment respiratoire ou cutanée étendue, appelez le 15.
La spiruline est-elle dangereuse ?
Aux doses courantes et chez un adulte sans terrain particulier, les deux évaluations officielles existantes ne concluent pas à un danger.
Le comité d'experts du United States Pharmacopeial Convention a passé en revue les essais cliniques humains, les études animales et les sources réglementaires, et analysé 31 déclarations d'effet indésirable. Il a attribué à Spirulina maxima et Spirulina platensis un classement de sécurité « Class A », ce qui a permis l'admission de monographies de qualité dans la pharmacopée américaine. Le comité précise qu'il pourra revoir ce classement si de nouvelles données apparaissent (Marles 2011).
Du côté français, l'ANSES a reçu, depuis la création du dispositif de nutrivigilance et jusqu'en février 2017, 49 déclarations d'effets indésirables susceptibles d'être liés à la consommation de compléments contenant de la spiruline. Dix d'entre elles étaient assez complètes pour faire l'objet d'une analyse d'imputabilité. L'agence conclut qu'au regard des études disponibles, la spiruline ne semble pas présenter de risque sanitaire à de faibles doses, jusqu'à plusieurs grammes par jour chez l'adulte.
Trois précisions honnêtes, parce qu'elles changent la portée de ces conclusions :
- la spiruline n'a fait l'objet d'aucune évaluation du risque par l'Autorité européenne de sécurité des aliments ;
- aux États-Unis, la FDA lui accorde le statut GRAS, généralement reconnue comme sûre, aux doses de 3 à 6 g par jour ;
- ces conclusions portent sur la spiruline, pas sur un pot en particulier. C'est toute la différence, et c'est le sujet de la suite de cette page.
Quels sont les effets secondaires de la spiruline ?
Les effets rapportés à l'ANSES sont, dans ses propres termes, très variés : troubles digestifs, allergie, atteintes musculaires ou hépatiques. Ce sont des signalements reçus, pas des fréquences mesurées : sur 49 déclarations, dix seulement étaient exploitables pour analyser un lien de cause à effet.
En pratique, ce que rapportent le plus souvent les personnes qui démarrent une cure relève du transitoire et du digestif : ballonnements, nausées, selles colorées en vert foncé, parfois maux de tête. Ces manifestations pourraient être liées à une dose de départ trop élevée plutôt qu'à la spiruline en elle-même. La montée progressive est décrite dans notre page sur la posologie de la spiruline.
Si un effet persiste ou s'intensifie, la réponse n'est pas de continuer en espérant que ça passe : on arrête et on demande un avis médical.
D'où vient le vrai risque : la spiruline ou le produit ?
Du produit, dans la quasi-totalité des cas documentés. La spiruline est une cyanobactérie, et elle est souvent cultivée en bassins ouverts, donc exposée à d'autres cyanobactéries qui, elles, produisent des toxines. L'ANSES le dit sans détour : les produits contenant de la spiruline peuvent être contaminés par des cyanotoxines, des microcystines notamment, par des bactéries ou par des éléments traces métalliques comme le plomb, le mercure et l'arsenic.
Quatre travaux publiés donnent la mesure du problème, et ils ne disent pas tous la même chose.
Les échantillons de spiruline seule étaient propres
Une équipe de l'institut supérieur de santé italien a analysé des compléments à base d'algues bleu-vert de 17 marques vendues en Italie. Les échantillons ne contenant que de la spiruline étaient exempts de contamination.
Ceux à base d'Aphanizomenon flos-aquae, une autre algue bleu-vert souvent vendue au même rayon, étaient contaminés par des microcystines à des niveaux très variables, jusqu'à 5,2 microgrammes d'équivalents MC-LR par gramme de produit, avec des écarts allant jusqu'à 50 fois entre lots d'une même marque (Vichi 2012).
Mais huit produits sur dix-huit dépassaient les seuils
Des chercheurs de l'université de Montréal ont cherché microcystines, anatoxine-a, cylindrospermopsine, saxitoxine et BMAA dans 18 produits du commerce contenant de la spiruline ou de l'Aphanizomenon flos-aquae. Huit de ces 18 produits contenaient des cyanotoxines à des niveaux dépassant les valeurs de dose journalière tolérable (Roy-Lachapelle 2017).
Le problème ne se limite pas aux toxines
Une équipe grecque a analysé cinq produits du commerce à base de spiruline, deux compléments et trois aliments. Des bactéries potentiellement pathogènes y ont été détectées, dont Bacillus cereus et Klebsiella pneumoniae, et des microcystines ont été trouvées dans tous les produits, à des niveaux pouvant amener le consommateur à dépasser les limites journalières recommandées. Les auteurs relient ces résultats au mode de production habituel, en bassins ouverts (Rhoades 2023).
Cinq produits, c'est un échantillon très réduit : ce travail signale un problème, il ne mesure pas sa fréquence.
La production française a été mesurée à grande échelle
Le marché français est approvisionné pour moitié par environ 180 fermes artisanales. Des chercheurs ont rassemblé les analyses réalisées entre 2013 et 2021 par 95 producteurs français, soit 623 échantillons de spiruline sèche et 105 échantillons de culture, et concluent que la situation de la production française est restée dans les limites réglementaires de sécurité pour les microcystines. L'inventaire des contaminants cyanobactériens, établi sur 539 comptages, recense tout de même 14 taxons (Pinchart 2023).
Ce qu'il faut savoir pour lire ce résultat
Deux des auteurs de ce travail sont liés à la Fédération des Spiruliniers de France, l'un comme membre du conseil, l'autre comme salarié. Le conflit d'intérêts est déclaré dans la publication. Cela n'annule pas les données, qui restent les plus étoffées disponibles sur une production nationale, mais cela se sait.
Ce que ces quatre travaux disent ensemble, une fois mis côte à côte : la question utile n'est pas « la spiruline est-elle dangereuse », c'est « d'où vient celle que j'ai achetée, et qui l'a analysée ».
Comment vérifier la qualité d'une spiruline avant d'acheter ?
Six points se vérifient sur le pot, sur l'étiquette ou en une question au vendeur. Aucun ne demande de compétence particulière.
Trois portent sur la provenance du produit.
| Ce qu'on regarde | Ce qui rassure | Ce qui fait reposer le pot |
|---|---|---|
| L'origine | Un pays et un producteur nommés | « Origine UE et hors UE », rien de plus |
| Le mode de culture | Photobioréacteur fermé, ou bassin avec analyses | Aucune information |
| Les analyses | Résultats de microcystines et de métaux lourds, par lot | « Contrôlé » sans document |
Trois portent sur ce qui est écrit sur le pot et sur qui vous le vend.
| Ce qu'on regarde | Ce qui rassure | Ce qui fait reposer le pot |
|---|---|---|
| L'espèce | Arthrospira platensis ou maxima, seule | Un mélange d'algues bleu-vert |
| Le fabricant | Nom, adresse, numéro de lot lisibles | Une marque sans adresse |
| Le circuit | Circuit contrôlé, conforme à la réglementation française | Vendeur non identifiable |
L'ANSES recommande explicitement de privilégier les circuits d'approvisionnement les mieux contrôlés par les pouvoirs publics : conformité à la réglementation française, traçabilité, identification du fabricant. C'est la recommandation la plus simple à appliquer de toute cette page.
Le mélange d'algues bleu-vert mérite une ligne à lui seul : c'est le seul point du tableau qui est apparu deux fois dans les études. Dans le travail italien, c'est l'Aphanizomenon flos-aquae qui portait la contamination, pas la spiruline (Vichi 2012), et l'analyse canadienne portait elle aussi sur des produits mêlant les deux (Roy-Lachapelle 2017). Les autres critères de qualité, dont la teneur en phycocyanine, sont détaillés sur le guide spiruline et sur la page composition de la spiruline.
Qui ne doit pas prendre de spiruline ?
L'ANSES déconseille la consommation de compléments contenant de la spiruline dans deux situations précises : aux personnes atteintes de phénylcétonurie, une maladie génétique rare liée à l'accumulation de l'acide aminé phénylalanine dans l'organisme, et aux personnes présentant un terrain allergique.
S'y ajoutent les situations où l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien devrait être demandé avant de commencer, et pas après :
- un traitement en cours, quel qu'il soit ;
- une maladie chronique connue, notamment auto-immune ;
- une grossesse ou un allaitement ;
- un enfant, un adolescent, une personne âgée ;
- toute situation où l'on hésite.
Cette liste ne dit pas que la spiruline serait dangereuse dans ces cas. Elle dit que la décision ne se prend pas à partir d'une page web, y compris celle-ci.
Deux situations particulières ont leur propre page, parce qu'elles reviennent souvent : spiruline et santé cardiovasculaire et spiruline et tabac.
La spiruline peut-elle provoquer une allergie ?
Oui, des cas d'allergie à la spiruline ont été publiés, et c'est la raison pour laquelle l'ANSES la déconseille aux personnes au terrain allergique.
Trois références documentent le sujet. Le premier cas rapporté d'anaphylaxie à la spiruline identifie la phycocyanine, le pigment bleu de l'algue, comme l'allergène responsable (Petrus 2010).
Un second cas décrit un homme de 17 ans ayant développé une anaphylaxie dès la première prise d'un comprimé. Le test cutané est ressorti positif pour l'algue elle-même et négatif pour les autres ingrédients du comprimé, dioxyde de silicium, inuline et stéarate de magnésium : l'allergie venait bien de la spiruline et non d'un additif (Le 2014).
L'ANSES avait par ailleurs rendu public, en 2014, un cas d'angio-oedème facial allergique survenu après la prise de spiruline.
Ce que ces cas prouvent, et ce qu'ils ne prouvent pas
Ils prouvent que l'allergie à la spiruline existe et qu'elle peut être sévère dès la première prise. Ils ne donnent aucune fréquence : trois cas rapportés dans la littérature ne permettent aucun calcul de risque, et il serait malhonnête de leur en faire dire un.
La spiruline est-elle une source fiable de vitamine B12 ?
Non, et c'est un danger indirect rarement présenté comme tel.
La vitamine B12 de la spiruline est constituée d'au moins deux analogues, dont le majoritaire, à 80 %, est de la pseudo-vitamine B12 : elle ne se fixe pas sur le facteur intrinsèque et elle est donc inactive chez l'humain. L'ANSES en tire une conclusion nette : la spiruline ne constitue pas une source fiable de vitamine B12 pour les populations végétaliennes.
Le risque n'est pas dans le produit, il est dans ce qu'on croit avoir couvert. Une personne végétalienne qui compte sur sa spiruline pour sa B12 peut développer une carence en pensant s'être supplémentée. Le bon réflexe est un dosage sanguin et une supplémentation spécifique, décidés avec un professionnel de santé.
Que faire en cas d'effet indésirable ?
Arrêter la prise, puis en parler à un médecin ou à un pharmacien, en apportant le pot. La composition, le numéro de lot et l'origine du produit sont les trois informations qui permettront de dire quelque chose d'utile.
Un effet indésirable lié à un complément alimentaire peut être déclaré au dispositif de nutrivigilance de l'ANSES. C'est ce dispositif qui a produit les 49 déclarations citées plus haut, et c'est ce qui rend les avis de l'agence possibles : une déclaration de plus améliore la connaissance du sujet pour tout le monde.
En cas de réaction sévère, notamment respiratoire ou cutanée étendue, on appelle le 15 sans attendre de lire la suite d'une page web.
L'ANSES cite les atteintes hépatiques parmi les effets rapportés dans ses déclarations, et un cas d'hépatotoxicité associée à la spiruline a été publié dans la littérature médicale (Iwasa 2002). Ce sont des signalements et un cas isolé, pas une fréquence établie. Toute question sur le foie, en particulier avec un traitement ou une pathologie connue, se pose à un médecin, pas à un moteur de recherche.
Le plus souvent, des manifestations digestives transitoires : ballonnements, nausées, selles vert foncé, parfois maux de tête. Elles pourraient être liées à une dose de départ trop élevée. Voir la page sur la posologie de la spiruline pour la montée progressive.
L'ANSES considère qu'aux faibles doses, jusqu'à plusieurs grammes par jour chez l'adulte, la spiruline ne semble pas présenter de risque sanitaire. Elle ne se prononce pas sur une durée. En pratique, une prise quotidienne prolongée se discute avec un professionnel de santé, surtout en cas de traitement.
Le label biologique porte sur le mode de production, pas sur la recherche de cyanotoxines ni de métaux lourds. Il ne remplace donc pas les analyses par lot, qui sont le seul élément qui réponde vraiment à la question de la contamination.
Les données rassemblées auprès de 95 producteurs français, sur 623 échantillons de spiruline sèche analysés entre 2013 et 2021, sont restées dans les limites réglementaires de sécurité pour les microcystines (Pinchart 2023). Deux des auteurs de ce travail sont liés à la Fédération des Spiruliniers de France, ce qu'il faut savoir pour lire le résultat. Cela reste la donnée la plus étoffée disponible sur une production nationale.
Le genre Arthrospira est aujourd'hui considéré comme une cyanobactérie, même si l'usage courant continue de parler d'algue bleu-vert. Ce n'est pas qu'un débat de vocabulaire : c'est précisément parce qu'il s'agit d'une cyanobactérie cultivée en milieu ouvert que la question des cyanotoxines se pose.
Oui, dès qu'il y a un traitement, une maladie connue, une grossesse, un allaitement, ou un enfant concerné. Un complément alimentaire n'est pas un aliment neutre, et cette page ne remplace pas un avis médical.
Sources et références
- ANSES (2017). Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la spiruline, saisine n° 2014-SA-0096.
- ANSES, Vigil'Anses n° 4 (février 2018). Compléments alimentaires à base de spiruline.
- Marles RJ, Barrett ML, Barnes J et al. (2011). United States pharmacopeia safety evaluation of spirulina. Critical Reviews in Food Science and Nutrition. PMID 21793723.
- Vichi S, Lavorini P, Funari E, Scardala S, Testai E (2012). Contamination by Microcystis and microcystins of blue-green algae food supplements on the Italian market. Food and Chemical Toxicology. PMID 23036452.
- Roy-Lachapelle A, Solliec M, Bouchard MF, Sauvé S (2017). Detection of Cyanotoxins in Algae Dietary Supplements. Toxins. PMID 28245621.
- Rhoades J, Fotiadou S, Paschalidou G et al. (2023). Microbiota and Cyanotoxin Content of Retail Spirulina Supplements and Spirulina Supplemented Foods. Microorganisms. PMID 37317149.
- Pinchart PE, Leruste A, Pasqualini V, Mastroleo F (2023). Microcystins and Cyanobacterial Contaminants in the French Small-Scale Productions of Spirulina. Toxins. PMID 37368655. Conflit d'intérêts déclaré par les auteurs.
- Petrus M, Culerrier R, Campistron M et al. (2010). First case report of anaphylaxis to spirulin: identification of phycocyanin as responsible allergen. Allergy. PMID 19889119.
- Le TM, Knulst AC, Röckmann H (2014). Anaphylaxis to Spirulina confirmed by skin prick test with ingredients of Spirulina tablets. Food and Chemical Toxicology. PMID 25445756.
- Iwasa M, Yamamoto M, Tanaka Y, Kaito M, Adachi Y (2002). Spirulina-associated hepatotoxicity. The American Journal of Gastroenterology. PMID 12492223. Cas rapporté isolé.